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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Jeudi 12 octobre 2006

En guise de complément au texte précédent, je publie ici un extrait d’un article que j’avais écrit en janvier dernier sur le site de la Jeunesse SolidaritéS. J’y évoquais la législation en vigueur en Chine en ce qui concerne le contrôle étatique d’Internet. Un modèle à suivre à mon avis. Ce texte m’a valu plusieurs critiques acerbes des bobos habituels, mais les vrais socialistes ne manqueront pas, je l’espère, d’abonder dans mon sens.

A l’heure où, sauf de rares exceptions, on a cessé de s’offusquer de l’extension de la pornographie à des domaines appelés pudiquement « marginaux » (je rappelle que la scatophilie est tolérée par le droit suisse et que la zoophilie est également présentable sur Internet en toute impunité), à l’heure où on s’est fait à l’idée que les jeunes avaient accès bien avant leur majorité aux produits pornographiques (il y a juste les caissières de kiosques à journaux qui s’insurgent pour la forme et parce que c’est les ordres, mais il faut croire que le reste du monde s’en fout), il faut vraiment aller très loin pour faire se réveiller les juges et les médias.

Vous pouvez dégradez l’image de la femme tant que vous le souhaitez (si vous êtes publicitaire), vous pouvez diffuser sans censure des images de fientes, de vomissures et de dégradations humaines (si vous travaillez à Jackass), vous pouvez librement faire l’éloge du libertinage (si vous êtes Catherine Millet), du partouzage (si vous êtes Thierry Ardisson) ou de la pédophilie (si vous êtes Daniel Cohn-Benditt) ; non seulement vous pouvez le faire sans obstacle, mais c’est en plus un moyen infaillible pour qui veut prendre sa place dans la course au profit. Il faut vraiment que vous dépassiez les bornes mêmes de la décadence bourgeoise (car elle en a tout de même quelques unes) et que vous alliez jusqu’à l’homicide en bonne et due forme pour que les cours de justice recommencent à s’agiter.

Il y a quelques semaines, Samuel Schmid, représentant la Suisse au Sommet Mondial sur la Société de l’Information, adressait un vibrant plaidoyer à son hôte tunisien, en vue de plus de liberté d'expression, pour l’appeler à relâcher le contrôle qu’il exerçait sur Internet. Cet appel n’était pas infondé, il faut l’admettre, et il est aujourd’hui évident pour tous que la dictature tunisienne est une immonde tyrannie policière qu’il importe de voir tomber au plus tôt – je le sais particulièrement pour avoir rencontré il y a quelques années des dissidents tunisiens en fuite qui avaient été torturés et avaient évité la peine de mort de justesse suite à une action d’Amnesty International. Malheureusement, ce plaidoyer « humaniste » (si tant est qu’un conseiller fédéral UDC puisse être humaniste) a un goût plutôt amer si on regarde honnêtement quel usage nous avons fait de cette liberté d’expression et comment Internet, dans les démocraties occidentales, est devenu en peu de temps une déchetterie informe, une décharge vérolée et purulente, une affreuse basse-cour des miracles donnant la vedette aux pires perversions qui aient pu être conçues par l’âme humaine dans ses moments les plus noirs.

Cette leçon moralisante sur la liberté d’expression, si elle a été faite à juste titre à l’infâme Ben Ali, dictateur de Tunisie, a été aussi faite à la Chine à qui on adressait le même reproche : oser avoir l’outrecuidance de vouloir exercer un contrôle étatique sur Internet. Avant de se voiler en chœur la face derrière les Droits de l’homme, il faut tout de même savoir une ou deux choses sur la Chine. Ce pays compte 94 millions d’internautes, ce qui est énorme (et révélateur de l’avancée du développement durant ces dernières années), et ce qui justifie déjà en soi la nécessité d’une réglementation. Le Parti Communiste Chinois a adopté au cours de cette année la directive suivante :

« Nous avons besoin de mieux réguler les services d’information sur le Net en raison de la prolifération importante d’articles malsains qui pourraient induire en erreur le public. »

Horreur ! Ces sauvages ont osé suggérer que quelque chose pouvait être « malsain » ! Ils ont osé prétendre que tout ne se vaut pas – crime de lèse-relativisme triomphant ! Ils ont osé affirmer un jugement de valeur – crime de lèse-pensée unique ! On commence à comprendre pourquoi nos petits-bourgeois occidentaux, qui ont bâti leur fortune sur la dégradation morale de leurs concitoyens, font la grimace…

Un article du Asia Times Online, journal de Hong Kong, nous explique la chose suivante:

« Un rapport d’Open Net Initiative [organisme créé par plusieurs universités, dont Harvard et Cambridge, qui analyse les censures étatiques sur le Net] portant sur le filtrage opéré par la Chine fait état d’un système de surveillance particulièrement sophistiqué, associant contrôles informatiques et pressions auprès du public. L’accès à certains sites est bloqué par intermittences, tandis que d’autres sont accessibles, mais certaines recherches par mots-clés y sont filtrées. En outre, les autorités provinciales et locales emploient du personnel pour surveiller les courriers électroniques et les forums de discussion à contenu sensible. L’auto-censure est encouragée par le biais d’une myriade de réglementations faisant porter la responsabilité à l’utilisateur, depuis les fournisseurs de contenus et de services Internet jusqu’au simple abonné, en passant par les cybercafés et les concepteurs de sites. Les entreprises sont obligées de souscrire un engagement d’auto-régulation. »

Intéressant, n’est-ce pas ? Plutôt que de faire les sainte-nitouches, nous ferions mieux d’y réfléchir à deux fois. En attendant, la Chine est pratiquement parvenue à éradiquer la pornographie numérique de son territoire, et peu de pays peuvent en dire autant. Pourquoi n’y parvenons-nous pas quant à nous ? D’une part, parce qu’il n’y a pas de réelle volonté politique de réglementer Internet (trop d’intérêts économiques sont en jeu), et d’autre part, parce que l’Etat-type occidental a capitulé depuis longtemps devant le marché, et qu’il est actuellement dans la quasi-impossibilité d’intervenir sur quoi que ce soit qui touche aux conditions de vie de son peuple, c’est-à-dire de faire son travail. Pensez donc, s’il lui prenait l’envie saugrenue – par exemple – de bloquer les serveurs de sites de vidéos violentes sur le territoire suisse, les patrons le traiteraient de tyran et monteraient aussitôt aux barricades ! Chez nous, vous le savez, on ne rigole pas avec la «démocratie »…

Je pense hélas qu’il faudra encore bien des faits divers et des crises sociales pour qu’un véritable débat citoyen puisse être entamé sur la question et pour que les pouvoirs publics reprennent enfin leurs responsabilités. A l’heure où les juges sont tenus en laisse par les flics et les flics par les patrons de multinationale, ce ne sera pas chose facile, mais un moment viendra où les autorités judiciaires et politiques comprendront qu’à un certain stade de dégradation de la moralité ambiante et des rapports humains, c’est leur propre existence qui sera devenue invivable. Ce jour-là, ils comprendront peut-être, comme dit le slogan, que le libéralisme n’est pas la liberté…

pour lire la version complète de cet article dans son contexte d'orogine, cliquer ici .

par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006

Derniers jours avant mon départ. L’occasion de me poser sur une terrasse au soleil et de faire cette chose qu’on apprécie tellement dans notre région de tradition française : prendre un café et éplucher la presse. C’est une de mes activités poussives de prédilection, et j’en serai privé assez longtemps à Pékin, du moins aussi longtemps que mes connaissances en chinois seront insuffisantes pour lire un quotidien simple.

J’ouvre L’Hebdo de cette semaine (la semaine du 10 août). Le titre, très racoleur, annonce : « Sexualité – les ados à l’école du porno ». Photos suggestives, témoignages de jeunes sous couvert de l’anonymat (témoignages d’archétypes évidemment, car le « jeune » est depuis longtemps devenu dans les médias une catégorie abstraite et formatée plus qu’un individu réel), conseils de médiateurs et psychologues, bref la totale. Le problème, quel est-il ? L’influence des produits pornos (films, revues, sites web) sur la conception et la pratique de la sexualité chez les adolescents. D’un point de vue sociologique, la question ne manque pas d’intérêt.

On y apprend, au cas où on ne le saurait pas, que la pornographie est aujourd’hui présente partout dans notre environnement : implicite dans l’espace public et clairement exhibée dans des espaces privés qui le sont de moins en moins et auxquels, grâce au développement technologique, chacun peut accéder très facilement. Le principal facteur de ce relâchement, une fois de plus, est Internet. On parle de films pornos téléchargés sur des téléphones portables, échangés et diffusés dans les cours de récréation. On parle également des conséquences supposées de ce libre accès dans la pratique sexuelle des jeunes : précocité des rapports, schémas phallocrates, réification de la femme, augmentation statistique du nombre de viols, dévalorisation du « sexe sentimental », généralisation des pratiques « marginales », et autres désagréments qui pourraient bien prendre l’ampleur de phénomènes sociaux si rien n’est fait. Et puis viennent les témoignages et les cas concrets : gâteries prodiguées dans les toilettes d’écoles par des fillettes de douze ans, pratique du sexe collectif par des protagonistes de quelques années de plus, banalisation de l’éphémère, de l’infidélité et d’une conception égoïste de la relation – avec toujours, en arrière fond, l’idée hédoniste propre à nos sociétés libérales du « Je veux tout tout de suite ».

Article un peu racoleur, donc, mais réflexion nécessaire. Les remèdes à cette crise ? Les journalistes en proposent quelques uns, dont certains concernent l’usage d’Internet et sont purement techniques, comme celui-ci :

« Installez un filtre. Cela ne résoudra pas tous les problèmes mais réduira les risques de tomber par accident sur un site inadéquat. Certains navigateurs offrent cette possibilité. Vous pouvez aussi en télécharger gratuitement ou en acheter. »

Tiens donc, un filtre, voilà longtemps qu’on n’en parlait plus et que le sujet, pour tout dire, était presque tabou ! Pourquoi ? Parce que filtrer, c’est limiter l’accès, c’est restreindre la liberté (et on sait que selon nos grands penseurs libéraux, toute restriction ou limitation de quoi que ce soit ne peut être qu’arbitraire), et cela, c’est quelque chose d’inconcevable dans une société qui se veut « ouverte ». D’ailleurs, regardez, tous les pays qui auraient mis en place des filtres sur Internet sont tous d’obscures dictatures… La Chine, par exemple.

Voilà où je voulais en venir et voilà pourquoi cette réflexion s’inscrit dans la thématique de ce blog. Le gouvernement chinois, moins hypocrite et angéliste que bien des nôtres, ou peut-être simplement plus préoccupé de la moralité publique, a compris qu’on ne peut pas raisonnablement laisser proliférer dans la population des produits aussi dégradants et nauséabonds que ceux dont l’industrie pornographique nous inonde quotidiennement. Mais vous aurez certainement remarqué que sous nos latitudes, le terme « moralité publique » fait peur et est à bannir du vocabulaire ; prononcez-le en public et vous verrez vos interlocuteurs se raidir en croyant entendre des bruits de bottes à leurs portes… C’est une des nombreuses choses que nos régimes libéraux, avec leur credo du « moins d’Etat », ont oublié : le rôle de l’Etat ne se limite pas à un travail de gestionnaire, il doit également se préoccuper de différents équilibres au sein de la population – équilibres sociaux avant tout, certes, mais pas uniquement. L’ « harmonie » dont le président Hu Jintao a fait son maître mot n’est pas qu’une notion socio-économique, elle est plus englobante que cela.

Il est regrettable que les dirigeants occidentaux ne se sentent pas concernés par ce problème et se fichent éperdument que leurs enfants soient élevés à l’école de la perversion marchandisée, mais il est rassurant de voir que des médias dominants tel que L’Hebdo remettent par moments en cause ce laisser-faire et se disent que peut-être, l’installation de filtres ne serait pas un mauvais moyen pour protéger nos jeunes d’influences nuisibles. De là à se référer explicitement au modèle chinois, il y a un pays que le journaliste se gardera de faire, certes – nous sommes tout de même dans le journal où Guy Sorman, cette semaine encore, lance une nouvelle salve via son blog contre ce même contrôle étatique chinois – mais au moins, il y a de l’espoir.

J’ajouterais que les penseurs les plus jeunes, ceux entre vingt et trente ans, se rendent compte généralement avec plus de lucidité que leurs aînés des phénomènes sociologiques qui ont cours chez leurs petits frères, et développent souvent des réponses plus réalistes, moins soixante-huitardes (l’éducation libertaire a suffisamment fait les preuves de son échec, je crois) et n’ont pas peur, contrairement à leurs parents, de se faire traiter de réactionnaires. Car ils savent qu’une étiquette a moins d’importance que la préservation des générations à venir. Et ils ont bien raison.

par David L'Epée publié dans : médias
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Jeudi 12 octobre 2006

Un voyage en Chine est quelque chose qui se prépare bien à l’avance et qui demande de bons nerfs surtout si, comme moi, vous êtes allergique à la bureaucratie. Et je parle de la suisse, car je n’ai pas encore eu l’occasion de faire les frais de la chinoise, qui, paraît-il, est plus complexe encore. Il est dans la nature des administrations, surtout dans les états d’urgence, de donner naissance à des cercles vicieux très originaux, nous faisant courir au dernier moment de bureau en bureau à la poursuite d’un formulaire ou d’une signature, un peu comme dans le célèbre épisode de la Maison des Fous des Douze Travaux d’Astérix

Ainsi, pour obtenir le visa, duquel tout mon voyage dépend, je devais attendre que l’Université m’envoie son invitation et que le gouvernement chinois me fasse parvenir le formulaire de demande de visa. Mais cette année, les fonctionnaires chinois étaient en retard, et le précieux formulaire n’est arrivé que début août, au grand dam des étudiants et de la CRUS qui assurait la transition entre le stress des premiers et la panique des seconds… Sur ledit formulaire, il faut indiquer la date d’entrée exacte en Chine, condition nécessaire pour obtenir le visa. Mais comment connaître cette date sans avoir encore de billet d’avion ? Et comment acheter le billet sans connaître la date de la rentrée universitaire à Pékin ? Cette date m’étant enfin parvenue avec l’invitation de l’Université, j’ai pu évaluer la période adéquate pour mon arrivée et commander un billet d’avion en fonction. Mais à l’agence, on me fait savoir qu’il serait plus prudent d’avoir le visa avant d’acheter le billet, car en cas de refus de visa ou de retard, le billet ne sera pas remboursé…

Les fonctionnaires de l’ambassade chinoise à Berne, quant à eux, ne sont pas des plus serviables, et alors qu’il est spécifié qu’on ne peut faire sa demande qu’après avoir pris rendez-vous, ils ne répondent jamais au téléphone et ne sont ouverts que trois heures par jour… Arrivé enfin à l’ambassade, avec trois jours de retard et sans rendez-vous, on me renvoie dans un centre commercial à l’autre bout de la banlieue bernoise pour faire la photocopie d’un document qu’on refuse de me faire sur place et dont j’ai besoin pour compléter ma demande de visa. Ayant eu la mauvaise idée de faire renouveler mon passeport au milieu de la procédure, il faut corriger tous les documents officiels qui indiquent un numéro de passeport qui n’est plus valide… Bref, partir en Chine, ça se mérite.

Une fois les plus gros problèmes réglés, j’achète mon billet d’avion : départ de Genève le 24 août sur un vol de British Airlines avec un changement à Londres. Le lendemain, manque de chance, je découvre dans le journal que Londres est en état d’alerte après avoir déjoué une attaque terroriste mettant en scène plusieurs avions. Les terroristes, pour autant qu’ils aient vraiment existé, seraient des islamistes. Evidemment. Résultat : aéroports en état d’alerte, annulation de vols, mobilisation policière et fouilles au corps généralisées avec toutes les tracasseries qui vont avec. L’agence décide alors, par prudence, d’avancer mon vol quelques heures plus tôt pour me permettre de me faire palper en toute tranquillité par la flicaille britannique sans risque de rater ma correspondance.

Je ne vais évidemment pas faire de cet événement une affaire personnelle, ce serait une attitude égotiste et déplacée, mais j’avoue que je ne suis pas spécialement enthousiaste à l’idée de faire les frais de la politique irresponsable de M. Blair – et la plupart des citoyens anglais doivent se dire la même chose. En effet, ce doit tout de même être rageant de ne plus oser prendre le métro ou l’avion dans son propre pays parce que le Caniche de Washington a décidé de se lancer dans la guerre d’Irak et de faire dans les médias du monde entier des déclarations stupides qui provoquent à la fois la honte et la peur de ses concitoyens. Les terroristes islamistes sont inexcusables, je ne reviens pas là-dessus, mais il n’y a pas de fumée sans feu, et la responsabilité de ceux qui ont ouvert la poudrière n’est pas moindre que celle qui l’ont allumée. Il semblerait de plus qu’en pleine guerre du Liban – de guerre, que dis-je ? de massacre – cette alerte tombe plutôt bien, elle redore le blason des génocideurs sionistes et de leurs complices américains.

Pour quelqu’un qui n’est jamais sorti d’Europe et qui n’a jamais pris l’avion de sa vie, vous comprendrez que tout ça commence à faire lourd…

par David L'Epée publié dans : voyages
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Jeudi 12 octobre 2006

Mon intérêt pour la Chine est né il y a quelques années de cela d’une rencontre avec le célèbre homme de lettres Armand Gatti, invité quelques jours à Neuchâtel par des étudiants de mon université. Armand Gatti, metteur en scène, poète et cinéaste, est également un grand spécialiste de la Chine, pays dans lequel il a vécu à plusieurs reprises et qu’il a beaucoup étudié au cours des dernières décennies (il a maintenant plus de quatre-vingt ans). Il a notamment très bien connu le président Mao, avec qui il entretenait de bons contacts et qui l’a plusieurs fois reçu personnellement. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et enseigne aujourd’hui encore le chinois en banlieue parisienne. A titre d’introduction très générale, je vous conseille son livre Chine paru dans la collection Petite Planète chez Seuil en 1956.

A la suite d’une de ses conférences, j’ai pu avoir un long entretien avec lui au sujet de la Chine qui a résolument allumé ma curiosité pour ce pays. Dès ce moment, j’ai dévalisé les bibliothèques et les librairies et ai lu un grand nombre d’ouvrages sur la Chine, surtout dans le domaine de l’histoire, et plus spécialement de l’histoire moderne. L’actualité m’y aidant, je me suis ensuite intéressé à des questions d’économie, de géopolitique et de sociologie touchant à l’actualité de ce grand pays.

Une chose en entraînant une autre, j’en suis venu à m’intéresser à la langue chinoise, à la fois pour des raisons instrumentales (son apprentissage était pour moi une condition sine qua non si je voulais un jour aller en Chine) et parce que je la trouvais extrêmement belle et plaisante, comme j’avais pu m’en faire la réflexion en regardant des films chinois (je suis très amateur de cinéma asiatique et ai quelques connaissances dans ce domaine). J’ai pris alors contact avec plusieurs Chinois vivant ou résidant à Neuchâtel pour leur demander des cours de langue, que je payais en nature, c’est-à-dire en leur enseignant le français en retour. A côté des leçons, je poursuivais mes lectures personnelles, suivais l’actualité chinoise (notamment grâce aux journaux chinois on line), visitais quelques expositions d’art chinois et continuais de m’instruire sur les différentes facettes de cette culture.

En dehors des cours de l’Université à Pékin, je n’ai pas (encore) de projet particulier à faire valoir, mais je souhaiterais faire, à titre personnel, un certain nombre de recherches historiques et d’observations sociologiques en vue de l’écriture d’un livre. Je ne peux pas ici en préciser davantage la thématique, car cela dépendra de ce que j’apprendrai sur place, et je souhaite partir sans présupposé de quelque sorte que ce soit. Il est toutefois certain que j’en reviendrai avec un texte, car je ne sais pas exactement ce que je trouverai dans ce pays, mais je sais qu’il y aura de toutes façons quelque chose à en dire. Ce blog est, en quelque sorte, la première pierre.

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas l’ambition, comme beaucoup d’Occidentaux aujourd’hui, de partir en Chine pour faire fortune et profiter des opportunités économiques actuelles. Mon intérêt pour ce pays, qui a pris peu à peu la forme d’une véritable passion, est surtout culturel et procède d’une certaine gratuité – et c’est en cela que je me permets de parler de passion. Un peu dans la même démarche qu’Armand Gatti, je suis attiré par la Chine sous l’effet de ma curiosité et d’une certaine connivence que je crois avoir avec l’esprit de ce peuple.

Ceci étant dit, passons à la pratique.

par David L'Epée publié dans : éditoriaux
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Jeudi 12 octobre 2006

Bienvenue sur ce modeste blog d’un voyageur inexpérimenté. Je souhaite ici tenir le journal d’un séjour de près d’une année que je vais entreprendre à Pékin d’ici quelques jours.

Etudiant autodidacte en langue chinoise résidant à Neuchâtel (Suisse), j’ai eu la chance de recevoir une bourse de la Conférence des Recteurs des Universités Suisses (CRUS) pour étudier dix mois dans la prestigieuse Language and Culture University of Beijing, une des meilleures écoles de chinois du monde. De mi-août 2006 jusqu’à juillet 2007, je vivrai donc à Pékin pour étudier et découvrir cette mégapole qui s’affirme déjà comme la nouvelle Rome de la planète.

Outre ma formation linguistique, j’en profiterai pour faire connaissance avec la culture locale et vous entretenir de mes découvertes et réflexions. Si le temps et les conditions techniques sur place le permettent, je m’engage à tenir ce blog à jour au moins à un rythme hebdomadaire. J’y traiterai principalement des questions qui m’intéressent le plus : culture, sociologie, histoire, politique, mœurs ainsi que les expériences personnelles qui ne manqueront pas d’émailler mon séjour. Vous aurez la possibilité de réagir librement (du moins aussi librement que la législation chinoise le permet) dans ces pages, de me poser vos questions et de me soumettre vos critiques ; j’y répondrai dans la mesure du possible.

Vous comprendrez que pour certaines sujets un peu délicats, je ne puisse éviter quelquefois l’emploi de périphrases et d’euphémismes : il y a des mots qu’on ne peut pas prononcer partout et je n’entends pas me soustraire à cette bienséance. En effet, en temps qu’étranger, l’attitude que je compte avoir, sur Internet et en dehors, est pour moi très claire : je me soumettrai aux lois et ne chercherai pas à provoquer ni à heurter la sensibilité autochtone. Beaucoup d’autres étrangers, notamment parmi les investisseurs et les conquérants des marchés, n’ont pas compris cette élégance élémentaire et se comportent en vrais colons : ils en font aujourd’hui les frais et ce n’est que justice, car la Chine n’est plus ce pays sous-développé qu’on peut exploiter à sa guise sans prendre de gants – elle est désormais un marché régulier ou, conformément à la logique « gagnant-gagnant » (win-win) mise en place par l’économie socialiste de marché, on traite les affaires d’égal à égal, selon un contrat bien défini. Mon contrat, tout implicite qu’il soit, sera respecté : je me plierai aux règles locales, car je ne suis pas venu ici en touriste mais en découvreur. Lorsqu’on s’engage comme moi à vivre un an seul dans un monde si différent, on cherche avant tout à s’intégrer, et les migrants du monde entier feraient bien de se soumettre à la même éthique.

Mais avant toutes choses, je dois me présenter. Jeune Suisse de vingt-trois ans, étudiant en philosophie et en français, sinologue amateur et passionné par ce pays, spécialement par son histoire moderne. Assez actif sur la région de Neuchâtel, j’ai été secrétaire politique d’un petit parti marxiste de mon canton (je préfère annoncer tout de suite la couleur, car cela risque de se ressentir dans mes analyses) et j’ai exercé diverses activités de journalisme dans la presse et la télévision. J’ai également quelques activités dans les domaines littéraires et musicaux, mais cela ne concerne pas directement le travail que j’entreprends actuellement.

Je ne tiens pas à parler de ma vie privée, mais je dois préciser que je partage ma vie avec une jeune Chinoise, Yiqi, et que je lui dois beaucoup dans l’acquisition de mes maigres connaissances de chinois et de ma modeste connaissance de cette civilisation. Je tiens à lui rendre hommage et à lui transmettre ici mes meilleures pensées. Je l’abandonne en Suisse quelques mois, où elle se prépare pour des examens universitaires de français, mais si elle les réussit, elle me rejoindra à Pékin dans le courant du mois de novembre et viendra m’aider au sein des insurmontables difficultés dans lesquelles je me serai sûrement empêtré d’ici là…

par David L'Epée publié dans : éditoriaux
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«  La Chine est excitante comme peut l’être pour un physicien une équation majeure à poser et à résoudre. »

 

(Guillain Robert, Dans Trente Ans la Chine )

 

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