Texte libre

                                

« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Jeudi 5 juillet 2007

Lors de ma dernière contribution sur le thème du sentiment d’(in)sécurité en Chine, j’avais dit un mot du système de police chinois (avec ses milices de quartier qui forment une sorte de police citoyenne de proximité intégrée au quotidien des habitants) et j’avais ensuite tenté d’analyser les différences qui existent, dans la psychologie des masses, entre une civilisation sur le déclin et une civilisation sur une pente ascendante, et ce en quoi ces différences influent sur le degré et la nature de l’insécurité. Ayant conclu que le nihilisme dominant est le premier facteur du climat d’insécurité en Occident alors que les ambitions et les tendances constructives qui se manifestent en Chine amènent à une « sécurisation » du climat (du moins à Pékin), je propose de prendre aujourd’hui le problème sous un angle un peu différent.

J’ai parlé à plusieurs reprises de l’aspiration générale du peuple chinois à la stabilité, gage à la fois de paix civile et d’une relative prospérité. Cet impératif, ressenti par tous, amène naturellement, d’une part à des formes assez développées d’auto-discipline, et d’autre part à une certaine vigilance citoyenne, dont les milices de quartier sont l’expression la plus manifeste. A la lecture de mon précédent texte sur la question, un ami m’a écrit : à quoi bon, en effet, envoyer la police dans les quartiers de Pékin puisque chaque Pékinois a déjà un flic dans la tête ? C’est méconnaître les Pékinois que de dire ça et c’est traiter avec mépris certaines qualités civiques essentielles à l’équilibre de toute communauté et qui nous font justement défaut.

En Chine, la délation, encouragée à tout propos, n’a rien de particulièrement infamant, contrairement à ce qu’on pense généralement chez nous. Et cela va même plus loin : quand la stabilité de la société est mise en danger, la mobilisation peut être immédiate, comme dans l’exemple que je vais vous présenter aujourd’hui. Voici les faits.

Il y a quelques temps, une vidéo un peu spéciale a commencé à circuler sur Internet, mise en ligne par un lycéen. On y voit une scène de chahut dans une classe (une classe de lycéens de « bonne naissance », apprendra-t-on par la suite), où un professeur se trouve complètement impuissant à ramener l’ordre, face à des élèves qui se moquent de son autorité. Voilà pour la description, rien d’autre. Mais en Chine, c’est déjà beaucoup. C’est déjà trop. Aussitôt, la vidéo soulève une immense polémique dans tout le pays, et une condamnation unanime s’exprime à travers Internet, en provenance de toutes les régions et de toutes les couches de la population – y compris des étudiants, qui n’hésitent pas à désavouer leurs congénères indisciplinés. Cela ira même plus loin : après l’indignation viennent les questionnements et les revendications. Les questionnements : comment les parents et le système scolaire ont-ils pu laisser se développer un climat de relâchement susceptible de générer des situations telles que celles-ci ? Les revendications : il faut retrouver ces mauvais éléments et leur flanquer une bonne raclée. Ce qui fut fait.

Grâce à divers indices trouvés dans la vidéo, le lieu, l’école et la classe furent identifiés, ainsi que les fauteurs de troubles eux-mêmes, le tout par des fins limiers tout à fait volontaires et bénévoles, n’ayant d’autre motivation que rendre leur propre justice. Lors d’un déplacement de groupe, un car transportant la classe fut arrêté de force par la population ; on fit descendre les chahuteurs identifiés dans la vidéo, sous les huhées de la foule, et on les contraignit à faire leur auto-critique et à présenter des excuses en règle à leur professeur (voir photo ci-dessous).

Le journaliste français Pierre Haski commente ainsi l’affaire sur le site Rue 89 :

« Banale dans un pays occidental, cette scène a choqué en Chine, où l'éducation figure au coeur de l'ambition des familles, où l'on se plait justement à se différencier de la "décadence" occidentale par cette discipline et cette ardeur au travail. Sur certains forums, le choc est tel que des internautes ont offert une prime pour quiconque aiderait à identifier les élèves en question, afin de leur casser la gueule... Selon Global Voices Online, qui rapporte cette affaire, une véritable chasse à l'homme serait engagée. Depuis que la vidéo a été placée sur YouTube, elle a reçu 100000 visiteurs, et suscité quelque 150 pages de commentaires. Cette affaire se déroule visiblement dans un milieu précis : celui de la nouvelle classe moyenne chinoise urbaine, aisée et socialement arrogante, qui élève ses enfants uniques comme des demi-dieux gâtés. »

Qu’une scène de chahut comme celle-là soit « banale dans un pays occidental », nous laissons à M. Haski la responsabilité de cette idée (qui est en fait une opinion), car c’est justement de le dire qui crée les conditions de la banalisation – c’est là souvent tout le paradoxe du journalisme, qui finit souvent par pousser à leur paroxysme les problèmes qu’il dénonce. Au contraire, en Chine, vu les réactions de l’opinion publique, il n’est pas du tout étonnant que ces situations fassent figure d’exception.

Toujours sur le site Rue 89, un commentaire ajoute la précision suivante :

« Le gouvernement chinois prend très au sérieux cet incident et fait passer aux étudiants le message qu’il ne tolérera aucun autre comportement de ce genre. De leur coté, la majorité des étudiants chinois condamne l’action de ce groupe d’étudiants, ils demandent au gouvernement chinois de prendre des sanctions exemplaire envers ce groupe d’étudiants qui, selon eux, déshonore l’image des étudiants et de la Chine entière. L’histoire prend une tournure qui ressemble tristement aux événements de la Révolution Culturelle. Plus de 40’000 blog chinois appellent à cette chasse aux étudiants pour qu’ils soient roués de coups en public… Les familles affirment avoir envoyé leurs enfants en province pour éviter qu’ils soient lynchés, mais disent ne pas être certaines qu’ils soient en sécurité. »

Impressionnant, n’est-ce pas ? Le ton du commentaire, qui parle d’une « triste ressemblance » avec la Révolution Culturelle , est bien sûr hors de propos (à cette époque, le must, c’était de battre ses professeurs, et non de le défendre), mais il est révélateur, une nouvelle fois, de cette pensée unique occidentale dans laquelle les droits individuels sont placés loin au dessus de l’intérêt public. Décidemment, je n’arrive pas à me ranger du côté de ces idéologues, et je me réjouis au contraire de la tournure qu’a pris cette affaire, car elle nous apprend des choses très positives sur le sens de la justice et de l’ordre tel qu’ils sont conçus dans la population chinoise.

En général, lorsqu’un peuple recourt à l’auto-justice, c’est qu’il n’a pas confiance en la justice officielle de son pays, un peu comme ces brigades américaines d’auto-défense à la frontière mexicaine qui tirent à vue (et en vertu du port d’arme garanti par la Constitution ) sur le premier migrant mexicain venu, se substituant à la fois à la force publique (la police) et aux tribunaux. En Chine, je ne crois pas que la réflexion qui mène à ce type d’actions soit la même, d’autant que s’il y a bien une chose que l’on ne puisse pas reprocher à la justice chinoise, c’est d’être laxiste ! Elle ne l’est pas, de toute évidence. Mais l’indignation populaire est telle face à cette affaire qu’on n’est pas disposé à attendre, qu’on veut manifester son désaccord tout de suite et en personne, et qu’on pense – avec raison – que la semonce populaire fera plus d’effet sur l’âme coupable des trublions que la semonce des tribunaux.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer de cette affaire ? Il y en a au moins deux ; l’une est plutôt négative et l’autre plutôt positive.

La première, qui ne nous surprendra guère, c’est que dans le sillage de l’ouverture économique chinoise, on a laissé se former une nouvelle classe privilégiée, qui n’existait pas avant, et qui commence à faire parler d’elle. Etant donné leur éducation et leur position de classe dans la société, il n’est pas étonnant que les enfants de ces nouveaux riches et de ces parvenus posent à leurs professeurs des problèmes de discipline, et ce d’autant plus que lesdits professeurs ne sont pas forcément dans une position qui leur permettent de les remettre à l’ordre comme ils pourraient le faire avec n’importe quels autres étudiants. Ajoutons en surplus la mentalité de l’enfant-roi résultant de la politique de l’enfant unique et nous comprendrons mieux la nature du problème. Il sera difficile à la Chine de ramener ces nouvelles catégories sociales à un peu plus d’humilité, c’est-à-dire de revenir sur certaines de ses erreurs tactiques, mais la remise au pas de cette bourgeoisie arrogante est absolument primordiale pour la cohésion de la société et pour la consolidation du socialisme.

Un commentateur français ayant écrit sur cette affaire s’est étonné que ce chahut ait été le fait d’enfants issus de milieu aisé, considérant que la délinquance était d’habitude l’apanage des classes les plus défavorisées. Prétendre cela revient à avoir une vision caricaturale des mécanismes sociaux. L’histoire nous a prouvé à de nombreuses reprises et sous toutes les latitudes qu’il existe des formes de délinquance propres aux aristocraties (j’utilise ce terme à titre générique), exercées souvent à l’encontre d’individus de classes inférieures (ici le professeur) et qu’on peut objectivement qualifier de délinquance de classe. N’étant justifiée par aucune contingence matérielle qui pourrait éventuellement la légitimer (à la manière dont la faim ou un manque du même type peut éventuellement justifier la violence exercée par un voleur), cette violence revêt un caractère gratuit qui prouve, s’il en était encore besoin, la pente décadente du groupe social qui en est l’auteur. J’avais écrit un article sur ce thème il y a quelques années en prenant l’exemple de la mode stupide du happy slapping et de la manière dont elle était apparue tout d’abord dans les écoles très select de la jeunesse dorée britannique.

La discipline est une valeur populaire, le ciment de la cohésion sociale ; son contraire est un luxe inopportun, un privliège révélateur des sentiments égoïstes et anti-sociaux de la nouvelle bourgeoisie chinoise – heureusement très réduite proportionnellement à l’ensemble de la population. On ne comprendra pas le sens de ce type de manifestations anarchiques si on perd de vue la nature intrinsèquement bourgeoise et décadente de cette violence-là.

La conclusion positive, c’est que malgré ces désordres épisodiques (et qui tiennent plus de l’exception que de la règle si j’en crois ce que me disent mes amis chinois), la vigilance populaire n’est pas prise en défaut. Il y a eu une faute, certes, mais elle n’est pas restée impunie ; la riposte a été rapide, sévère, et elle a draîné l’assentiment général. C’est surtout cela qu’il faut retenir : la très grande majorité du peuple chinois est pleinement consciente de la valeur de la discipline et de diverses autres vertus enracinées, elle refuse la tolérance coupable qui est la nôtre face à ce type de problèmes, et non seulement elle la refuse mais encore elle l’exprime haut et fort en passant à l’action. Il ne s’agissait pas uniquement de rendre justice mais également de montrer un exemple. L’action civique n’aurait pas pu mieux se dérouler car elle n’a été contestée par personne, elle a été soutenue publiquement par le grand nombre (notamment par beaucoup d’étudiants qui ont rejeté toute solidarité avec leurs « mauvais camarades ») et le bruit qui a été fait autour de tout cela dissuadera certainement pour un moment toute velléité de générer un nouveau désordre. Comme quoi, aussi périlleuse soit-elle, l’auto-justice a tout de même ses mérites.

J’écris cela en tant qu’homme mais également en tant qu’enseignant (j’ai enseigné dans mon pays au niveau primaire). On ne répétera jamais assez quelle est l’ampleur de la crise générée en Europe par les théories libertaires de l’éducation. Ces utopies nées dans les cerveaux enfumés de la petite bourgeoisie gauchisante n’ont eu pour effet que de faire baisser dramatiquement le niveau d’instruction, de saper l’autorité et d’encourager la dissolution la plus totale. J’écrivais à ce propos dans un article il y a environ deux ans :

« Après plusieurs conversations sur le sujet avec différents amis, j’en étais arrivé à la conclusion que les meilleures méthodes étaient les plus traditionnelles, celles qui avaient fait leurs preuves dans le passé, et ces méthodes s’appuyaient sur trois fondements : autorité, discipline, excellence. Les réformes du système scolaire apparues un peu partout en Europe après Mai 68 avaient, malgré les bonnes intentions dont elles étaient issues, fait les preuves de leur incapacité. Le mode libertaire d’enseignement, plutôt que de se limiter à certains de ses objectifs louables, comme la démocratisation de l’école ou l’accès facilité aux études, avait surtout abouti à une baisse de niveau, à un affaiblissement des structures, et à un nivellement de toutes les valeurs. Retirez le contenu social de la pensée libertaire, et vous obtiendrez la pensée libérale ; c’est exactement ce à quoi nous sommes confrontés, dans le domaine de l’instruction comme dans de nombreux autres.

Etonnamment, lorsque j’en discute avec des contemporains, soit des gens issus, comme moi, de ce même système scolaire libertaire, je constate que nous sommes presque unanimes à condamner ce système et à souhaiter revenir à un mode de faire plus disciplinaire, impliquant, par exemple, le retour des internats, des uniformes, et de plus hautes exigences en matière d’acquisition des connaissances, avec un recentrement sur nos langues nationales. »

Pour des raisons culturelles et historiques, la Chine n’a pas connu cette crise, qui est à la fois une crise des institutions et des mentalités ; le confucianisme et le socialisme l’en ont préservé. J’ai souri cette semaine en voyant dans le rayon des nouveautés de la librairie de Chengfu Lu une édition chinoise du vieux best-seller Libres Enfants de Summerhill : je mets ma main au feu qu’un tel ouvrage ne sera jamais un livre à succès en Chine...

Espérons que malgré ces quelques dérapages, condamnables mais isolés, la Chine pourra maintenir le cap qu’elle s’est donné – l’excellence et l’unité nationale sont à ce prix-là.

Sur le même sujet :

-          Mais où est donc Passée l’Insécurité ?

-          Quelques Mots Encore sur les Milices de Quartier

-          « En Cas de Problème, Cherchez la Police  »

par David L'Epée publié dans : divagations
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Mercredi 4 juillet 2007

Jadis, Pékin était entièrement constituée de petites maisons à un étage, serrées les unes à côté des autres dans d'interminables hutongs, à la fois très pittoresques mais extrêmement miséreuses. Aujourd'hui, la conception de l'urbanisme a beaucoup changé, comme le montrent ces photos que j?ai prises un peu au hasard dans certains nouveaux quartiers de Pékin.

 

par David L'Epée publié dans : mon quotidien
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 2 juillet 2007

Un deuxième texte de Du Qinggang :

C’était les vacances d’hiver. Les enfants s’amusaient à coeur joie lorsque survint un événement de nature politique. En ces temps de grande pauvreté, on se contentait de s’essuyer les fesses avec du papier journal. Néanmoins, il n’y avait pas de journal où n’était imprimé le portrait de Mao, dans toutes les postures.

 

Un jour, dans les toilettes publiques, le chef du quartier découvrit un portrait du Grand Timonier dont la bouche était bourrée d’excréments. Blasphème. Scandale. Tous les hommes du quartier se rassemblèrent dans une salle de réunion. De l’enfant de trois ans qui savait s’essuyer le derrière tout seul au vieillard de quatre vingt dix ans qui avait encore assez de force pour accomplir l’acte concerné. Un agent de police intervint. On encouragea d’abord l’aveu spontané qui allégerait la punition. On nous incita ensuite à la dénonciation mutuelle, mais personne ne dit mot. On nous demanda enfin de cafarder en cachette. Pas de rapporteur volontaire. En désespoir de cause, l’agent réclama quelques indices, mais toujours en vain. On n’osait rien dire. A la moindre maladresse, on risquait l’enfermement. Des exemples malheureux abondaient autour de nous.

 

A la dernière minute, le chef du quartier fut intelligemment inspiré :

 

« Demain, rassemblement général devant l’hôpital. On va analyser vos excréments. La science va tout révéler ! »

 

Nous étions profondément terrifiés. Qui donc pouvait être absolument certain de son innocence ? Comment se souvenir d’un acte aussi machinal ? A l’époque, les toilettes publiques étaient même un lieu privilégié pour nos conversations. Pas de cloison entre les trous qui s’alignaient les uns à côté des autres. Les paroles circulaient plus librement. En discutant ainsi et dans la merde, on n’oubliait tout sens du sacré. La nuit s’écoula dans l’angoisse générale.

 

Le lendemain, levés de bonne heure, nous étions une centaine, rassemblés devant l’hôpital. Un vent glacial hurlait dans le ciel comme le souffle du diable menaçant. Chacun portait un petit sachet où gisait la pauvre crotte impuissante. Certains tremblaient, de froid et de peur.

 

Heureusement, la science ne révéla. On en vint donc à cette conclusion : ce doit être quelqu’un de passage. Nous approuvâmes comme un seul homme : oui, oui, ici nous voyons souvent des gens venant de Beijing, de Shanghai, de Guangzhou, et même du Tibet.

 

« Il y a des étrangers ? Russes, Américains ou Français par exemple ? »

 

« Non, non ! »

 

Là dessus, il ne fallait pas blaguer. A trop exagérer, nous risquions le pire. On ne le savait que trop, ayant vécu tant d’événements politiques. Grand bruit, fausse alerte. De retour chez eux, les habitants du quartier s’affairèrent à sélectionner minutieusement les journaux. Tous découpèrent les portraits sacrés. On laissa de côté le moindre bout de papier portant les caractères Mao Zedong. Ce fut un travail laborieux. Et comme le nom du Grand Timonier remplissait presque toutes les pages où occupait à peu près chaque ligne, nous fûmes obligés de cueillir les feuilles des arbres.

 

Quelques années plus tard, beaucoup de mes voisins eurent des hémorroïdes.

 

 

Du Qinggang, « Le Président Mao est Mort », Desclée de Brouwer, Paris, 2002, p. 87-89

par David L'Epée publié dans : littérature
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 2 juillet 2007

Voici deux extraits du livre Le Président Mao est Mort de Du Qinggang. L’auteur, un intellectuel chinois ayant étudié le français pendant la Révolution Culturelle et ayant vécu en France par la suite, propose dans ce livre plusieurs dizaines de petits textes légers racontant quelques souvenirs de jeunesse dans la tourmente des années 70 chinoises. Le premier texte parle de la mort de Mao Zedong et du vent de tristesse qui a alors balayé toute la Chine  ; le second est d’ordre plus humoristique.

 

Nous nous mîmes à pleurer bruyamment, plus fort que les cigales. Je versais des larmes comme une fontaine. Nos pleurs étaient sincères. Le ciel, tout d’un coup, nous paraissait assombri. Il nous offrait alors un jour ensoleillé plus noir que la nuit. Beaucoup de monde s’évanouit. Au début, nous n’en croyions pas nos oreilles car le bruit courait que Mao pouvait vivre jusqu’à cent cinquante ans. C’était, disait-on, la prévision scientifique du médecin. [...]

 

Mes parents me recommandaient souvent de retenir par coeur les grands exploits de Mao car sans lui, je vivrais à nouveau dans la misère, comme dans l’ancienne société. La chanson qu’ils aimaient le plus était L’Orient Est Rouge, dont je connais encore les paroles :

 

L’Orient flamboie, le soleil monte

En Chine a surgi Mao Zedong

Il nous apporte du bonheur, il est notre grand sauveur

Le Parti Communiste rayonne comme la Lune

Il nous éclaire là où il passe

Il nous a sauvés de la misère.

 

Mon père murmurait, les larmes aux yeux :

 

« Hélas, le grand soleil s’est couché... Mais il ne se relèvera plus demain. »

 

La rue était silencieuse. Les feuilles mortes voltigeaient dans le vent d’automne. Personne ne souriait. Les cinémas étaient tous fermés. A la radio, on n’écoutait qu’un air de deuil et L’Orient Est Rouge. Dans les restaurants, on ne buvait pas de vin. Et quand on se renontrait, on se saluait tout juste d’un signe de tête.

 

La Chine était en deuil. [...]

 

Mao est mort il y a vingt-six ans. Mais beaucoup de Chinois, notamment les ouvriers, lui témoignent une profonde gratitude. Au moment où la corruption fait rage dans le pays, les Chinois sont d’autant plus nostalgiques de l’époque de Mao durant laquelle les cadres étaient beaucoup plus probes. Selon mon père, Mao sympathisait avec les travailleurs. Il les aimait beaucoup. Ayant appris que j’écrivais un livre sur la Révolution Culturelle , il m’a sévèrement averti :

 

« Ne soit pas ingrat ! Sois impartial ! Ne dis pas de mal de Mao. »

 

 

 

Du Qinggang, « Le Président Mao est Mort », Desclée de Brouwer, Paris, 2002, p. 136-143

par David L'Epée publié dans : littérature
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 1 juillet 2007

Seconde partie de l’article commencé il y a quelques jours :

 

Le réveil de la Chine (prédit déjà par Napoléon qui avait dit que le monde tremblerait ce jour-là) est peut-être l’espoir que nous attendons depuis longtemps, l’espoir de la levée d’une grande puissance contre l’Empire américain, la seule puissance qui soit capable de lui tenir tête et, le moment venu, de lui porter le coup de grâce. La Chine réussira peut-être à mener à bien ce que notre faiblesse (à nous Européens) nous a empêché d’accomplir. Mais quelle forme prendra cette guerre ? Robert D. Kaplan fait la suggestion suivante :

 

« Seule une approche pragmatique nous permettra de faire face à l’inévitable retour de la Chine en tant que grande puissance, sous peine de voir la Terre du XXIe siècle se muter en un vaste champ de bataille. Chaque fois que des grandes puissances ont fait leur apparition ou sont revenues sur le devant de la scène (comme l’Allemagne et la Japon au cours des trente premières années du XXe siècle, pour citer deux exemples récents), elles ont eu tendance à se montrer dominatrices, entraînant donc de violents bouleversements dans les relations internationales. La Chine ne fera pas exception. »

 

On sent, en arrière-fond, la volonté d’ingérence que les Etats-Unis ont toujours nourrie face au reste de la planète (ce n’est pas pour rien qu’on les appelle les gendarmes du monde) et l’intention de recourir à cette stratégie, une fois de plus, pour éviter de « violents bouleversements dans les relations internationales ». Mais cette fois, il ne s’agit pas de faire de l’arbitrage à l’autre bout du monde, l’Amérique est directement menacée (comprenez ses dirigeants et ses élites), et alors que la guerre a déjà commencé, certains Américains, pourtant d’habitude si belliqueux, souhaitent encore l’arrêter, de peur qu’ils ont de la perdre, c’est-à-dire de perdre définitivement leur statut de puissance hégémonique.

 

Kaplan tente ensuite d’expliquer les méthodes guerrières de la Chine , les comparant (ce n’est pas innocent) aux luttes de libération menée par la guérilla irakienne, et à ce qu’il appelle la « guerre asymétrique » :

 

« Les Chinois opteront, comme les terroristes, pour une approche asymétrique. En Irak, les insurgés ont recours à une version rudimentaire de la guerre asymétrique en utilisant des voitures piégées. Les Chinois, eux, sont prêts à en développer une version plus sophistiquée, et c’est bien là qu’est la menace. […] La gestion du risque deviendra l’idéologie dominante. Même si l’on assiste à une réussite de la démocratie en Irak, ce succès ne sera probablement obtenu que d’extrême justesse, une expérience que personne dans l’armée ou dans l’establishment diplomatique ne brûlera de répéter, en particulier en Asie, où les répercussions d’une aventure militaire bâclée seraient considérables. […] Un analyste du Pentagone m’a déclaré : « Pour l’emporter dans une guerre contre la Chine , nous serons obligés de réduire substantiellement ses capacités militaires, et donc de menacer ses sources d’énergie et l’emprise qu’a le Parti Communiste sur le pouvoir. Le monde ne sera plus le même. C’est une voie très dangereuse. »

 

Seulement, peut-être n’avez-vous déjà plus le choix, Messieurs les Américains. Et le jour où la Chine se réveillera, elle ne sera pas seule contre vous, mais le séisme ramènera à la surface tous les peuples opprimés par votre politique (à commencer par ceux qui vivent sur votre continent), toutes les victimes des diktats du FMI, tous les laissés-pour-compte du libéralisme à l’américaine, ainsi que toutes les nations solidaires du combat mené contre vous.

 

Rassurez-vous toutefois : vous n’aurez peut-être pas besoin de sortir votre grosse artillerie, car si la lutte a déjà commencé, c’est avant tout sous la forme d’une concurrence dans tous les domaines, du commercial à l’éducation, et sur ces plans-là, les Américains lucides doivent reconnaître qu’ils ne tiennent plus la route, et que la déliquescence dans laquelle les a mené le capitalisme semble irrattrapable. Nicholas D. Kristof écrit dans le The New York Times :

 

« Les Etats-Unis m’inquiètent. Notre gestion économique manque tellement de rigueur que, à long terme, il nous sera impossible de faire face aux subventions agricoles et aux déficits budgétaires. Notre technologie est forte, mais les écoles américaines sont médiocres en mathématiques et en sciences. Et le manque d’intérêt des Américains pour le reste du monde est à l’opposé de la fougue, de la volonté et de la détermination qui poussent la Chine sur le devant de la scène. »

 

Il relate, pour illustrer son propos, un souvenir qui l’a passablement fait réfléchir :

 

« Sur la rive du Fleuve Jaune, j’ai rencontré Hao Wong, un paysan de 70 ans, qui n’avait jamais mis les pieds dans une école. Il ne savait même pas écrire son nom, mais il en allait tout autrement pour sa progéniture. Deux de mes petits-fils sont à l’université, m’a-t-il lancé avec fierté. »

 

Et c’est bien la construction de ce « pôle d’excellence » chinois, conséquence d’une réussite sur bien des plans, qui explique, selon Mc Gregor, l’étonnement et la consternation des Chinois devant le spectacle décadent d’une Amérique qui a perdu toutes ses valeurs, qui se laisse aller, et qui choit insensiblement. Il écrit dans le Washington Post :

 

« Les Chinois, enfin, nous méprisent parce qu’ils pensent que nous sommes sur le déclin. […] tout en se demandant comment nous avons pu devenir aussi indisciplinés, aussi superficiels et aussi dissolus. Le tumulte du Monicagate constitue à leurs yeux une perte de temps incompréhensible, eux dont les empereurs avaient des milliers de concubines. »

 

Une attaque aussi grossière et typiquement étasunienne que celle qui consistait à prétendre que l’Islam se résumerait à la promesse de sept cent vierges dans l’au-delà…

 

« Ils sont tout autant surpris de voir que les Américains se vautrent dans l’endettement et qu’ils laissent leur enseignement public aller à vau-l’eau pendant que les médias se passionnent pour l’affichage des dix commandements dans les tribunaux. En Chine, tout est question d’unité, d’engagement et de puissance. Les responsables politiques et commerciaux sont obsédés par une seule et unique question : quel avantage aurai-je par rapport à vous ? Il n’est donc pas étonnant que les dirigeants chinois se réjouissent à l’idée qu’ils financent des portions de plus en plus importantes de la dette américaine. Ils savent que s’ils venaient à faire l’impasse une seule fois sur les enchères de bons du Trésor américain, la Bourse américaine s’effondrerait. »

 

C’est là un point capital : un travailleur américain, habitué à la société des loisirs et à une politique d’abrutissement constante menée par l’idéologie dominante de son pays, ne sera jamais un travailleur chinois, habitué toujours à travailler beaucoup et consciencieusement, de même qu’un étudiant (ou même un élève d’école primaire) américain, vivant dans un pays où la culture est constamment dévalorisée et où on ne vit plus que dans l’instant, ne sera jamais un étudiant chinois, issu d’institutions à la discipline forte et aux exigences élevées. C’est une différence à la fois culturelle et politique. Or, il est clair qu’actuellement, cette différence favorise sensiblement les Chinois, qui présentent l’image d’un peuple beaucoup plus sain et plus volontaire.

 

Contrairement à ce que voulaient nous faire croire les prêtres du libéralisme, l’Histoire n’est pas finie, et elle nous réserve encore bien des surprises. Une chose est pourtant sûre : d’ici peu, notre monde ne sera plus le même. A quoi ressemblera-t-il ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais nous devons constater, d’une part, que, comme Emmanuel Todd l’avait prédit, l’Empire américain est en train de lentement s’effondrer, emportant dans sa chute une partie de l’idéologie qui l’avait amené au pouvoir, et d’autre part, comme l’écrivait récemment John Raiston Saul, essayiste canadien, dans les pages du Harper’s Magazine de New-York, que le vide géopolitique ne peut exister sur le long terme, surtout dans un système mondialisé, et que le déclin américain sera automatiquement suivi de l’élévation d’une autre nation. Nous avons tout intérêt à ce que cette autre nation soit la Chine.

par David L'Epée publié dans : géopolitique
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 29 juin 2007

Un ami du pays m’a récemment écrit une lettre dans laquelle il m’encourage à poursuivre la rédaction de mon blog mais me fait le reproche suivant : mais où sont les femmes ? me demande-t-il. Comment peut-on parler si longuement de la Chine sans réellement s’arrêter sur le sujet ? Tu ne penses donc pas à tes amis, tu gardes tout pour toi, tu ne nous révéleras rien des charmes de l’Orient...

 

Que mes amis se rassurent : je leur dirai tout ce qu’ils veulent savoir en temps voulu, c’est-à-dire à mon retour au pays. A parler des Chinoises, il y aurait de quoi alimenter tout un livre, assurément, mais ces pages-là n’ont pas leur place sur leur blog. De toutes façons, comme vous vous en doutez, ma situation personnelle et mes engagements font que ce que j’aurai à vous dire sur le sujet n’aura rien de très personnel – cela va sans dire – je ne suis ici qu’un observateur passif, tantôt sociologue tantôt esthète. Je ne souhaite pas raconter sur ces pages des anecodtes dont l’intérêt serait trop limité pour la majorité des lecteurs ; que les autres me pardonnent ce silence. J’aurais pu, comme certain autre blogueur (il se reconnaîtra), commencer chaque semaine en publiant la photo suggestive d’une playmate locale, mais ce n’est pas le genre de la maison – les blancs sont revenus en Chine mais ils sont priés de laisser au vestiaire leurs vieilles habitudes coloniales.

 

Une de mes amies chinoises a étudié plusieurs années en Europe. Elle m’a tenu un jour au sujet de la condition féminine chinoise les propos suivants – propos qui déplairont à certains mais qui n’engagent qu’elle :

 

« Tu as sans doute déjà remarqué, m’a dit mon amie, lorsque tu recevais une Chinoise chez toi et que tu lui proposais à boire, qu’elle demandait souvent simplement une tasse d’eau chaude. Pas du thé ni du café, juste de l’eau chaude. Cela vous paraît étrange, pourtant vous-mêmes buvez souvent de l’eau fraîche, qui n’a pas plus de goût que la chaude, sans devoir toujours y ajouter du sirop ou un quelconque arôme. Tu auras peut-être aussi remarqué que tes invitées attendent parfois longtemps avant de boire, et que l’eau est parfois devenue tiède alors qu’elles y goûtent enfin. Il en va de même dans notre cuisine traditionnelle qui, dans de nombreuses provinces, est peu relevée, contrairement à ce que laissent croire les restaurants chinois en Occident qui ne connaissent de succès qu’à mesure qu’ils s’adaptent aux goûts de la clientèle locale. Nous sommes ainsi : nous aimons souvent ce qui n’est ni chaud ni froid, ce qui n’est ni salé ni sucré (sauf quand nous décidons d’allier les deux, ce qui arrive également) ; nous aimons ce qui n’a pas de goût. »

 

« Ne pas avoir de goût est considéré comme un défaut selon votre conception des choses, mais cela est chez nous associé à une forme de pureté : ce qui n’a pas de goût est ce qui est libre de tout, ce qui est sain. Ce n’est pas valable que pour la cuisine, c’est valable également pour les caractères – du moins les caractères féminins. La vision chinoise traditionnelle de la femme – qui est toujours chez nous, malgré toutes les révolutions et malgré l’apport féministe du communisme, la vision dominante – honore la femme dans la mesure où elle s’efface devant la gent masculine, montre un visage de constant acquiescement, et sait se montrer discrète en toutes occasions. Ne pas avoir de goût est peut-être en Chine la plus haute des vertus féminines. »

 

Je commençais à saisir la nature de son problème. La conception ternaire de la philosophie chinoise (le yin, le yang, une touche de yin dans le yang et vice-versa), si étrangère à la conception binaire de notre pensée occidentale, changeait la donne sur bien des plans. Ne visait-elle pas à une neutralisation constante de toutes choses par la recherche du juste milieu (sorte de zone neutre, donc pure) ou l’alliance des contraires, qui aboutit au même résultat ? N’obtient-on pas de l’eau tiède en mélangeant de l’eau chaude et de l’eau froide ? La cuisine aigre-douce, chère aux Chinois, n’était-elle pas elle non plus une alliance des contraires ?

 

Toute puissance de la parole de Confucius pendant des siècles ; violente critique maoïste de ce même Confucius, voué aux gémonies le temps d’une révolution ; retour d’une vision confucéenne de l’Etat ; alchimie fine entre le socialisme et les traditions millénaires, avec, comme troisième élément pour boucler l’équilibre ternaire, la mondialisation – et l’économie socialiste de marché, histoire de mettre un peu de yin dans le yang… Une seule constante : on ne sort pas de Confucius, parce que Confucius, c’est l’équilibre des extrêmes et leur neutralisation, c’est l’éloge de l’eau tiède et des femmes transparentes…

 

« Jusqu’à mon arrivée en Occident, a poursuivi mon amie, j’étais une de ces Chinoises parmi plusieurs millions d’autres, j’étais sans goût, et comme la plupart des femmes, j’en éprouvais secrètement une grande fierté. Mais ces dispositions d’esprit, considérées comme des vertus chez moi, se sont avérées ici un handicap, une entrave à mon intégration. Je suis arrivée dans un pays où les femmes fument, sortent seules, parlent fort et rient à gorge déployée. Comment pouvais-je pénétrer ce tissu social en étant disposée comme je l’étais ? Ces réflexions ont été la source d’un long dilemme qui m’a mené, depuis l'an dernier, à changer radicalement d’attitude : j’ai décidé de devenir comme elles. Je ne suis évidemment qu’à moitié satisfaite de ce choix, car ne suis-je pas en train de trahir l’esprit de mon peuple ? Comment concilier ces deux réalités ? Comment vont me juger les miens à mon retour au pays ? Car enfin, je suis devenue comme elles, comme les femmes d’Occident : libre. »

 

« Libérée, l’ai-je corrigée. Ce n’est pas tout à fait la même chose… »

par David L'Epée publié dans : mon quotidien
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 28 juin 2007

Suite à quelques réactions de lecteurs à mon texte intitulé Mais où est donc Passée l’Insécurité ?, je voudrais revenir brièvement sur une institution que j’y avais évoqué, celle des milices de quartier. Je tiens à préciser que je ne me suis référé qu’à ma propre expérience de résident de Pékin pour en parler et que je n’ai pas fait de recherches approfondies sur la question. Je ne nie donc pas que malgré son apparence de discrétion, la police est tout de même bel et bien présente, notamment, comme me le signale un de mes lecteurs, au travers de la vidéosurveillance. Mais je maintiens que la différence entre une police discrète et une police s’exhibant dans les rues (renforçant par la même le sentiment d’insécurité et finissant par se rendre impopulaire), est une différence essentielle.

 

A André qui trouve que je devrais « prendre mes distances avec le monde politique chinois », je répondrais que j’ai très peu parlé de politique dans ce texte (préférant adopter une approche sociologique, voire civilisationnelle) et qu’en ce qui concerne le système chinois de surveillance policière, je me suis contenté de le décrire, sans prendre position. Pour le lecteur occidental moyen, cette simple description suffirait d’ailleurs à lui laisser une impression négative, car il est vrai que les idées de surveillance, de vigilance citoyenne, et plus encore de délation – « la délation dans toute son abjection » nous dit André – sont particulièrement impopulaires dans la sensibilité européenne. Qui est dans le juste ? Je préfère, une fois de plus, suspendre mon jugement.

 

J’ai retrouvé un texte du juriste Henri Isaïa, dans son livre La Justice en Chine (Economica, Paris, 1978), qui présente les attributions des comités de quartier. Il se réfère lui-même à des écrits d’Edgar Snow, le célèbre journaliste américain ayant longtemps vécu en Chine. Ces observations datent un peu mais, d’après ce que j’ai vu, le principe de ces comités de quartier est resté à peu près le même :

 

« Tout voyageur étranger qui se déplace en Chine a pu remarquer combien la présence de la force armée y était discrète. C’est que l’on se trouve dans une « société bien patrouillée – de l’intérieur ». Selon E. Snow, « il n’y a pas aujourd’hui un pays au monde dans lequel les gens soient plus enrégimentés, disciplinés, et les écarts de conduite publics plus rapidement rappelés &agra