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« Il n’arrive pas fréquemment qu’on puisse dire : "Si je n’avais pas vu cela, je ne l’aurais pas cru". Cette impression, on l’éprouve en Chine ; elle incite à témoigner. »

(Alain Peyrefitte, Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera)

         

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Jeudi 19 juillet 2007

Encore un dernier extrait du Chien de Mao de Lucien Boudard. Celui-ci me semble intéressant parce que moins fantaisiste que bien d’autres passages du roman sur les relations entre les passages, il exprime quelque chose d’assez juste entre les rapports ambigus entre Mao Zedong et son épouse Jiang Qing.

 

 

Mao est de retour à Pékin. Malgré sa lassitude, il a convoqué Jiang Qing. Et elle est là, face à lui, et elle gronde :

 

« Tu abandonnes la Révolution , tu la livres à Zhou Enlai et à Deng Xiaoping, ces renégats qui souhaitent ta mort, qui demain la précipiteront pour donner la Chine en pâture aux impérialistes !

 

Mao, de son bras si faible, tente de l’interrompre :

 

« Ne dis pas qu’ils veulent me tuer. J’ai confiance en eux.

 

« Comme tu avais confiance en Liu Shaoqi et en Lin Biao. Mais hier, tu avais su réagir, recouvré tes esprits, maintenant tu as l’âge de la crédulité. Je te le répète, ils te haïssent et détruiront ton oeuvre.

 

Mao regarde Jiang Qing avec reproche : cette harpie ne l’épargnera donc jamais ! Il est si fatigué. Cependant, il essaie encore de s’expliquer :

 

« Laisse... Que puis-je faire que de m’en remettre à eux ? La Révolution , je l’ai servie de toutes mes forces mais je n’ai pas métamorphosé les êtres. Il me faut bien admettre que les gens sont restés ordinaires, qu’on doit leur donner des biens ordinaires, les employer ordinairement. Les Quatre Modernisations serviront à cela, elles apporteront l’abondance et feront de la Chine une grande nation.

 

Jiang Qing crie :

 

« Tu avais dénoncé l’économisme comme un crime, et maintenant tu dérailles.

 

« Ne hurle pas, mes oreilles sont fragiles.

 

« Tu acceptes que la Chine soit un pays comme un autre, pire qu’un autre parce qu’il sera infesté par les étrangers ! Je te le répète, tu abandonnes la Révolution , tu la trahis, tu nous trahis tous !

 

«  La Révolution change sans cesse de forme, mais elle est toujours la Révolution. Ne sois pas dogmatique.

 

« Tu emploies les mots de mes pires ennemis.

 

« N’est-tu pas, toi aussi, mon ennemie ? Je m’efforce de t’ouvrir les yeux, de te protéger contre toi-même et contre tes mollosses, et tu ne m’écoutes pas. Jiang Qing, l’heure est grave. Ne brandis pas trop l’étendard de la Révolution. Ne te pare pas de mes défroques. Mêmes usées, elles sont trop grandes pour toi.

 

 

Lucien Boudard, Le Chien de Mao, Grasset, Paris, 1998

par David L'Epée publié dans : littérature
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Mercredi 18 juillet 2007

Toutes les photos qui illustrent ce billet représentent Jiang Qing, seule ou en compagnie de Mao

 

Comme vous l’avez certainement remarqué, dans la littérature contemporaine se dégage une certaine tendance cynique et misanthrope qui rencontre, détresse de ce temps oblige, un succès notable. Lucien Boudard est un de ceux qui ont su flairer la vague, à moins qu’il s’agisse d’un misanthrope véritable, ce qui n’est pas exclu. En effet, on serait tenté de le croire après avoir lu Le Chien de Mao, son roman paru en 1998. Tous les personnages qu’il nous présente, des plus illustres aux plus obscurs, semblent constituer sous sa plume la lie du genre humain.

 

Le petit Lucien, fils de consul, n’a pas demandé à venir dans cette Chine miséreuse, il n’éprouve que dégoût pour les bas instincts et les petits vices de ce peuple de cul-terreux (je me mets dans l’esprit Boudard pour mieux vous faire goûter le style), alors il se met à écrire pour extraire de ses tripes sa détestation et son mépris, alignant les substantifs insultants sur des centaines de pages, n’en ayant jamais assez pour traîner dans la boue jusqu’à épuisement tout être humain (de préférence chinois) sur lequel s’arrête son attention.

 

Le Chien de Mao reconstitue de façon fantaisiste et divertissante l’une des biographies les plus sinistres de la Chine nouvelle : celle de Jiang Qing, dit Pomme Bleue, quatrième femme de Mao Zedong, tête de file de la Bande des Quatre et directement responsable des excès les plus sanglants de la Révolution Culturelle. On appellerait révisionnisme historique ce mélange d’histoire et de fiction si le livre n’était pas présenté comme un roman.

 

Boudard commence par déverser sa haine sur son personnage principal, Jiang Qing, ce que personne, je pense, ne lui reprochera, tant il est vrai que cette triste figure a su réunir contre elle l’opinion mondiale, à commencer par la chinoise. Mais il y a une fascination dans cette haine, une admiration équivoque, presque un éloge caché, décelable par l’insistance et la complaisance avec laquelle Boudard énumère et chante ses aventures : trahisons, duplicité, cocufiages, mégalomanie, goût du pouvoir et du sang. Jiang Qing n’est pas quelqu’un qu’il déteste, c’est quelqu’un qu’il adore détester – nuance. Il la décrit de la manière suivante, en imaginant ce que Mao pouvait bien penser d’elle au plus profond de lui même :

 

« Une fois de plus, Mao s’étonne de cette ascencion : il n’a pas trouvé en Jiang Qing le rabot du génie, l’instrument souverain qui trace une voie impériale à travers les grouillements hasardeux du monde. Elle n’est pas, comme les Lü et les Wu dont elle se réclame, dévorée par les passions hallucinées de l’intelligence. Son limon était moins noble, mais ce qu’elle possédait et qui lui servait d’art, c’était d’être la salope sublime, la grande putain dont rêvent les hommes. Ses faiblesses, ses lâchetés, ses stupidités, une certaine bêtise fangeuse n’ont fait que la rehausser. En elle, les défauts et les qualités les plus ordinaires sont portés à l’extraordinaire, devenant rares par leurs alliages. Sa vulgarité est magnifique, sa médiocrité fulgurante, sa méchanceté admirable. Et puis il y a ce ressort stupéfiant et qui la rend finalement vulnérable : quels qu’aient été ses fautes, ses dégoûts, ses pertes de face et ses capitulations, elle n’a jamais rendu les armes, jamais pardonné. Telle a été sa voie pour dompter l’adversité. Cul passe-partout, avec l’âge elle est devenue vomitoire de l’imprécation, une exaltée de la tuerie, par appétence, par conviction et, pourrait-on dire, par facilité. »

(p.491-492)

 

A partir de là, toute cette haine trépidante et bavarde s’écoule du haut vers le bas (dans la « hiérarchie narrative »), du personnage principal à l’ensemble des personnages, jusqu’aux plus secondaires. Tout d’abord, bien évidemment, c’est Mao qui s’y colle. Tous les clichés habituels de l’anti-maoïsme y passent (utopisme meurtrier, folie monomaniaque, ambition dévorante, etc.) et on ne trouvera rien là de très subversif – je dirais même qu’en Occident, c’est un passage obligé pour quiconque veut publier un livre touchant à la Chine  ; au contraire, ce serait dire du bien de Mao qui provoquerait la subversion et le scandale ! Nous ne nous y arrêterons pas car cette diabolisation a été maintes fois rabâchée dans d’autres ouvrages et elle ne présente aucun intérêt. Idem pour les divers compagnons d’armes, tous des monstres grimaçants portant couteau entre les dents comme dans les pires caricatures des plus vieilles propagandes anti-bolchéviques : Lin Biao, Kang Sheng, Deng Xiaoping, etc.

 

Ce qui doit retenir notre attention, car le fait est beaucoup plus téméraire, c’est la description de Zhou Enlai, le héros du peuple chinois, le personnage considéré comme le plus pur de cette révolution, l’homme que les jeunes Chinois d’aujourd’hui disent toujours considérer comme leur « idole » (authentique). Zhou Enlai, dans ce roman, ne vaut pas mieux que les autres, il est seulement plus rusé et moins excentrique. Présenté comme un vieux renard retors et dénué de tout scrupule, Zhou ne serait qu’un démon de plus dans ce panthéon satanique qu’on appelle Parti Communiste Chinois – ou Chine, par extension. Ce n’est pas un détail, c’est à un mythe inébranlable que Boudard s’attaque, et cette attitude de l’auteur nous révèle deux choses : il se moque éperdument de la sensibilité populaire qui a fait de Zhou une légende, icône à la fois du patriotisme, du socialisme et de la vertu personnelle ; de plus, il montre clairement l’étendue de sa misanthropie, car si Zhou ne trouve pas grâce à ses yeux, alors aucun Chinois n’échappera à son universelle détestation. C’est une posture littéraire, dira-t-on. Certes, mais cela touche à une fibre très sensible dans le peuple chinois auquel ce roman n’est de toute évidence pas destiné.

 

En Chine, c’est ainsi : il y a le relatif et le sacré. Le relatif, c’est ce qui est discutable, ce qui est ouvert à la critique. Bien qu’il reste au dessus de tout soupçon dans de nombreuses familles chinoises, Mao fait aujourd’hui partie du relatif – 70% de positif, 30% de négatif, disait Deng Xiaoping – mais Zhou Enlai relève, lui, du sacré. Il en est de même pour les événements historiques. Le Grand Bond en Avant, c’est le relatif ; la Longue Marche , c’est le sacré. Yanan, la première base rouge des révolutionnaires, modèle de communisme avant la lettre, d’austère solidarité et de vertu militaire, c’est aussi du sacré, mais Boudard le noircit impitoyablement, appelant tartufferie l’engagement des révolutionnaires et racontant avec délectation l’entrée dans le saint des saints du ferment de la corruption et de la débauche (Jiang Qing elle-même), comme heureux de briser enfin toute cette vertu qui blessait son regard. Il décrit ainsi l’Ecole du Parti à Yanan :

 

« L’Ecole, où elle arrive après tant d’efforts, est sordide. Dans l’ancienne chapelle nestorienne, on dit la messe rouge, on débite du catéchisme rouge, on chante les cantiques rouges. Dix filles, trois cent garçons, autant de cloportes et de cancrelats. C’est bien cela, et les autres élèves, carapaçonnés de vertu, dans leur application constante, sont des insectes aux élytres trempées dans les raffinements du conformisme. Tous ont la même tête, les mêmes mines insignifiantes confites en petites ruses, en minuscules atrocités, en surenchères camouflées. Sur tout règne un relent d’hypocrisie dans la recherche du bien-faire, du bien-dire, selon la science du fanatisme dévot, insidieux. Permanente magouille bien-pensante... Les élèves s’ébattent dans une hargne douceâtre et fielleuse, à qui sera le mieux noté par les professeurs, des pions aussi moches qu’eux mais portant beau, les maîtres de la cafardise pieuse. »

(p.60)

 

Notre fils de consul est comme ça : ne croyant en rien, offensé par tout ce qui pourrait ressembler à un idéal, et impatient de pouvoir le détruire, le rabaisser, le ramener à la juste mesure de sa propre médiocrité. Il comprend bien que si le communisme chinois devait choir un jour (ce qu’il souhaiterait bien évidemment), ce serait par l’accumulation des vices dans la classe dirigeante. Aussi Jiang Qing, par la position élevée qu’elle occupe dans le Parti et par le degré de vice qu’elle manifeste sans retenue, représente aux yeux de l’auteur la figure sacrée de la décadence tant attendue – décadence de l’homme et du régime. Son cas n’est pas unique, j’ai relevé des réflexions du même type dans d’autres ouvrages anti-communistes sur la Chine qui, eux, n’étaient pas des romans mais prétendaient à une valeur documentaire ! Maria-Antonietta Macciocchi dans son ouvrage De la Chine critiquait fort justement ces individus qui, par exemple, se réjouissaient de voir réapparaître la prostitution dans les rues de Pékin, à l’affût de tout signe avant-coureur d’un affaiblissement de la vertu révolutionnaire.

 

Pour mieux se délecter de l’incroyable cruauté et de la vanité stupéfiante de son héroïne (ce en quoi il n’a pas besoin de beaucoup exagérer), Boudard se met, pendant quelques pages, dans la peau de Jiang Qing et la fait s’exprimer à la première personne. Il s’agit de la scène de son procès, lorsqu’en compagnie de ses complices de la Bande de Quatre, elle comparaît devant un tribunal spécial mis en place par Deng Xiaoping [1] :

 

« A peine assise, j’ai ajusté mon écouteur et j’ai fait signe au procureur qu’il pouvait commencer. Une erreur. Cet abruti s’est mis à lire l’acte d’accusation, le galimatias habituel, conspiration, sédition, persécutions, tentative d’insurrection... J’ai même, prétendent-ils, voulu faire tuer Mao. Tout cela était terriblement ennuyeux, un vrai gâchis. J’ai essayé d’interrompre cette énumération fastidieuse, de bâiller pour signifier au procureur que les spectateurs allaient décrocher, mais non, il continuait ses insanités. Plusieurs fois, je me suis levée, on m’a fait rasseoir, j’étais censée entendre la litanie jusqu’au bout. Encore heureux qu’on m’ait épargné la liste des 34'800 péquenots que j’aurais plus ou moins trucidés ! On s’en est tenu à une martyrologie chic, 420 dirigeants traînés de supplices en supplices par moi et ma clique. Rien que des augustes, des fondateurs du communisme chinois. Comment sont-ils arrivés à ces chiffres ? En tout cas, à contempler cette vermine, une évidence me frappe : nous avons été trop bons, Mao et moi. »

(p.523)

 

La botte secrète de Boudard, qui n’a rien d’original, est évidememnt là : faire en sorte que Jiang Qing entraîne dans sa chute les mânes de Mao ainsi même que celles de ses anciens rivaux politiques, tel Zhou Enlaï. Mais cette fois, les ficelles sont trop grosses et cela risque de ne pas prendre.

 

Parfois divertissant par son côté aventureux, souvent exaspérant par l’outrance de ses peintures de moeurs où le vice le plus noir domine sans éclaircie, Le Chien de Mao est au final un roman dont la lecture n’a rien d’indispensable. Les sinophiles ne perdront pas plus de temps qu’il n’en faut pour lire le quatrième de couverture, et les autres lecteurs passeront leur chemin.

 

[1] Dans son ouvrage Pékin – Un Procès Peut en Cacher un Autre (Christian Bourgois, Paris, 1982), Horace Hatamen livre une impression assez proche des dispositions psychologiques de Jiang Qing au moment de son procès : « Sur son visage se lit toute la haine, tout le mépris qu’elle voue à cette assemblée, mais aussi la satisfaction de se voir enfin donnée la possibilité de se venger. Et certains comprennent alors ce qu’ils auraient dû prévoir depuis longtemps : ils ont sorti le fauve de la cage où ils l’avaient eux-mêmes réduite au silence, et lui ont fourni l’occasion de rugir en mondiovision ! Ils ont offert à l’ancienne actrice le plus vaste auditoire dont elle ait jamais rêvé, des dizaines de millions de téléspectateurs qui vont assister à sa toute dernière création : son propre rôle. L’obscure starlette de troisième zone du Shanghai des années trente, dont la réputation, même au faîte de sa gloire politique du vivant de son époux, n’avait jamais franchi les frontières de l’Empire du Milieu, va être le sujet des conversations des tranches les moins politisées de l’opinion publique internationale. N’ayant plus rien à perdre, elle qui moisit en prison depuis quatre ans sans espoir d’en jamais sortir (sauf coup de théâtre peu probable), elle va leur faire payer cher, à tous, ce qu’elle a subi. » (p.114)

par David L'Epée publié dans : littérature
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Lundi 16 juillet 2007

première partie du texte :  Hip-Hop à Pékin (I)

Quelques mots encore sur la soirée hip-hop au Yugong Yishan. Toujours conformément aux traditions du genre, le groupe pékinois Section 6 a terminé son show par une open mic session, laissant successivement le micro à tous ceux qui voulaient le prendre. En Europe, les prétendants se seraient piétinés les uns les autres, tant il est vrai, comme je l’ai lu quelque part, que « chez nous, il y a un groupe de hip-hop par cage d’escalier » alors qu’en Chine, pour l’instant, le phénomène est très marginal. Je n’avais pas vraiment l’intention de saisir l’occasion, mais mon amie Jiu Shanmei, qui était avec moi ce soir-là, me poussa au premier rang, affirmant qu’elle ne me laisserait pas quitter la Chine avant de m’avoir entendu raper. « Oho ! un MC étranger ! » s’exclama un des MC’s de Section 6, me faisant signe d’approcher et me tendant le micro. Après avoir interprêté une version raccourcie de Prenez Garde au Réveil (certains de mes amis connaissent la chanson [1] ), j’ai passé le micro à un autre volontaire.

La session s’est poursuivie, de MC à MC, de rapeur confirmé à amateur, dans une ambiance que les amateurs de hip-hop connaissent bien. A mon exception, tous étaient évidemment Chinois, et je pense même Pékinois pour la plupart (si j’en crois l’accent). Nous avons continué ce jeu-là jusqu’à six heures du matin, toujours avec un petit groupe de spectateurs réunis en cercle autour de nous. Jiu Shanmei, fatiguée, était rentrée se coucher ; à quelques rares exceptions, il n’y avait d’ailleurs plus que des hommes dans la salle. Tous largement abreuvés de Tsintao (la bière chinoise par excellence), nous ne voyions plus le temps passer et les heures se succédaient, dans le tressautement des basses et la transpiration, sans que personne ne déclare forfait. Vers la fin, un des rapeurs s’est écroulé en plein freestyle, tombant lourdement sur le sol dans un ultime hoquet. Nous l’avons transporté jusqu’à un canapé à l’autre bout de la salle (il faisait tout de même son poids) où nous l’avons laissé dormir et couver son vin.

Personne, bien sûr, ne comprenait la teneur de mes textes et de mes improvisations (ils ont même eu de la peine à identifier de quelle langue il s’agissait) mais j’ai par contre quant à moi pu exercer mon écoute et je suis maintenant persuadé que le chinois est une langue de prédilection pour le rap. J’ai promis à mes nouveaux amis de travailler à un ou deux lyrics (textes) en chinois et de leur envoyer l’enregistrement dès que j’aurais obtenu quelque chose de passable. Le plus impressionnant pour moi a été d’assister à quelques clash incroyables (voir première partie du texte), que je comprenais en partie, et qui mettaient à la fois à contribution la verve, l’imagination, le débit et la gestuelle des « combattants ». Autour des deux rivaux, nous étions serrés, épaules contre épaules, et nous soutenions successivement l’un ou l’autre, en fonction de leur prestation. Voilà qui redonne envie de se remettre à l’écriture et aux répétitions – ainsi qu’aux cours de chinois... Un grand moment de hip-hop que je n’oublierai pas de sitôt.

[1] Le disque Emincé de Poulet, réunissant des chansons du groupe les Gallapias et de votre serviteur, est toujours disponbible à mon e-mail.

par David L'Epée publié dans : mon quotidien
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Dimanche 15 juillet 2007

Lors de mes billets précédents sur la question de l’insécurité, des commentateurs ont recentré à plusieurs reprises le débat sur la question de la sécurité des étrangers en Chine. Ce n’était pas la question qui m’intéressait le plus car j’avais commencé par parler de la sécurité des citoyens chinois, mais puisque le sujet semblent en intéresser quelques uns, je m’y plonge à mon tour, fort de mon expérience d’étranger dans ce pays. S’il existe en Chine un problème d’insécurité lié à la xénophobie ou au racisme, je suis bien placé, pour l’identifier. Je dis bien s’il en existe un car, à dire vrai, je n’en ai, à titre personnel, jamais constaté. Il semble, de manière générale, que les Chinois soient peu portés aux haines ethniques, et ce pour au moins deux raisons. La première est historique.

 

La Révolution chinoise, comme toutes les révolutions rouges, a été une révolution à proprement parler national-communiste dans la mesure où elle a donné corps à un nationalisme moderne (le même qui s’est fait jour dans différents pays d’Europe dès la fin du XVIIIe siècle) et l’a placé en lieu et place de l’ancien système impérial pour qui le corps national était moins déterminant que les délimitations entre les différentes catégories sociales de la Chine féodale.

 

La Chine de Sun Yat-sen et du Kuomintang (avant même la Chine communiste) a « inventé » la nation comme les révolutionnaires français l’avait fait en leur temps en renversant l’Ancien Régime. Ce nationalisme chinois – qui existait en germe, étouffé, depuis le XIXe siècle au moins, et qui s’était nourri en partie des humiliations coloniales et guerrières – a connu quelques violentes explosions dans lequelles le racisme n’était pas absent ; le plus célèbre de ces incidents restera la Révolte des Boxers. Il y en a eu d’autres par la suite, et le Kuomintang lui-même n’était pas dépourvu d’éléments potentiellement racistes puisqu’à l’extrême droite de son parti, Chiang Kaï-chek était parvenu à mettre sur pied ceux qu’on appelle les Chemises Bleues et qui resteront, dans l’histoire chinosie, la seule tentative connue d’instauration de milices fascistes. Car le fascisme, rappelons-le, s’il a rencontré un certain succès au Japon, ne réussit pas à s’implanter en Chine et n’y réapparut plus depuis.

 

Lorsque les communistes arrivèrent au pouvoir, ils se servirent de ce jeune nationalisme chinois et le renforcèrent encore, car ce nationalisme était à la fois le vainqueur des luttes de décolonisation et de la lutte anti-japonaise ainsi que le garant de l’unité de la patrie de laquelle dépendait le socialisme. Ce qui a changé avec ce retournement du pouvoir, c’est que ce communisme, tout nationaliste qu’il était, ne s’inspirait pas moins de Marx, et que l’idéal marxiste, c’est l’internationalisme. Mao ne l’a pas oublié : tout en galvanisant le patriotisme du peuple, il a placé la Chine au coeur d’un combat mondial contre l’impérialisme et a engagé la lutte aux côtés de la Corée , du Vietnam et de bien d’autres, leur prêtant l’aide militaire et logistique, tout en envoyant des fonds très loin, en Afrique, pour venir en aide aux « frères prolétaires », conscient que la Chine nouvelle se devait être l’avant-garde du tiers-monde, de ceux que la vulgate communiste appelle les damnés de la terre. Les patriotes français de 1789 rêvaient d’une République universelle ; les patriotes chinois de 1949 voulaient construire l’Internationale.

 

Cette vision globale, cette solidarité avec les prolétaires de tous les pays que seule permettait la conscience de classe la plus élevée, ont contribué à former en Chine un esprit de tolérance à l’égard des étrangers, une ouverture au monde extérieur. Marx l’avait dit : les contradictions entre les classes sont les seules contradictions réelles, les autres contradictions (raciales par exemple) ne sont que des écrans de fumée utilisés par les impérialistes pour détourner la classe ouvrière de sa mission historique et briser son unité internationale. Cela n’a pourtant pas été le cas dans tous les pays prétendument communistes : en URSS par exemple, le racisme restait très présent, depuis le Kremlin jusqu’aux masses populaires (les épurations ethniques entreprises par Staline le montrent bien), et après la chute du régime, le fascisme russe a littéralement explosé avec toute la force qu’on lui connaît aujourd’hui. Autre exemple frappant : alors qu’en pleine Révolution culturelle, nombre de gardes rouges chinois allaient suivre des cours d’anglais entre deux manifestations, les Khmers rouges cambodgiens exécutaient systèmatiquement tous ceux de leurs compatriotes suspects de connaître une langue étrangère...

 

Cet esprit internationaliste sincère de la Chine maoïste (qui n’entrait d’aucune manière en contradiction avec le nationalisme du régime) a marqué durablement les mentalités chinoises. C’est, à mon avis, la raison historique qui explique l’absence presque complète en Chine d’insécurité liée au racisme. Je donnerai la prochaine fois ce que je pense être les raisons migratoires et culturelles du même phénomène.

par David L'Epée publié dans : social
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Samedi 14 juillet 2007

Suite de ma visite de Xian, capitale de la province du Shanxi et ancienne capitale impériale de la Chine. Après avoir visité le tombeau du premier empereur Qin à l’extérieur de la ville, nous sommes entrés dans la ville pour voir ses pagodes (tours), ses parcs, sa mosquée ou tout simplement ses quartiers.

 

Sur le même sujet :

 

-          la 8e Merveille du Monde est une Armée

par David L'Epée publié dans : voyages
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Vendredi 13 juillet 2007

Le magazine anglophone The Trend publiait il y a plusieurs mois un article assez effarant sur le thème des Jeux Olympiques 2008 de Pékin ; n’ayant pas eu le temps alors de le traiter sur le blog, je le fais aujourd’hui. Je voulais le citer ici car il est assez représentatif de la croisade anti-chinoise menée par les milieux libéraux d’Europe et des Etats-Unis, et pour qui toutes les occasions, tous les prétextes, sont bons pour disqualifier théoriquement le système chinois et faire campagne pour la nouvelle guerre froide dans laquelle ils se sont engagés. Si vous n’en êtes pas convaincus, faites un tour dans la première librairie venue, allez jeter un oeil aux nouveautés parues sur la Chine dans le rayon histoire, économie ou sciences politiques, feuilletez, et vous comprendrez le sens du mot propagande.

 

Voici donc l’article en question, où prédominent, vous allez le voir, le dépit et l’amertume...

 

« Le 8 août 2006 étaient organisées à Pékin des festivités en grande pompe pour célébrer les deux années séparant la ville de l’ouverture des Jeux olympiques de 2008. Les autorités chinoises accentuaient ainsi d’un cran leurs efforts de promotion. Selon un communiqué de l’agence Xinhua, Pékin avait invité des “millions de citadins à des séances d’exercices matinaux pour fêter l’approche des JO”. Lors d’une conférence de presse donnée devant des journalistes étrangers, des dirigeants du comité d’organisation des Jeux de Pékin ont assuré qu’ils satisferaient les besoins des médias étrangers pendant toute la durée de la compétition, conformément à la demande du Comité international olympique (CIO) et aux usages en vigueur. Une telle déclaration contrastait fortement avec la sévère mise au pas décrétée récemment par le Parti communiste chinois (PCC) à l’encontre de la presse chinoise et des sites Internet. »

 

Je ne voudrais pas rentrer ici dans une nouvelle polémique sur le contrôle des médias, la censure et autres problématiques dont j’ai déjà eu l’occasion de parler et dont je parlerai encore, car je risquerais de me répéter. L’idée des exercices matinaux, elle, me semble très bonne, car j’ai remarqué que beaucoup de Pékinois, surtout parmi les enfants auraient bien besoin de faire un peu de sport s’ils veulent donner d’eux une image « olympique ».

 

« Les intentions du PCC sont pourtant claires. En se servant des Jeux pour alléger la formidable pression qui pèse sur le pouvoir du fait de son manque de légitimité, il cherche à prolonger son régime dictatorial. Comme si, grâce à cet heureux événement, il voulait conjurer le sort néfaste qui menace la dynastie en fin de règne de Zhongnanhai [siège du pouvoir]. Cette habitude de conjurer le sort par un heureux événement est une ancienne coutume chinoise, qui s’appliquait autrefois aux personnes gravement malades pour lesquelles on organisait un mariage dans l’espoir de lever le maléfice. [...] »

 

On pose ici comme un axiome prouvé que le pouvoir du PCC manque de légitimité ; rien n’est plus contestable. On n’avance pas des affirmations comme celles-ci sans démonstration, sauf si on écrit dans l’intention de faire dans la propagande anti-chinoise la plus grossière, ce qui semble être ici le cas. Je dirais, pour faire simple, que le PCC trouve la source de sa légitimité dans l’histoire (l’institution est légitime du fait qu’elle a sorti la Chine du féodalisme) et que cette légitimité ne peut être conservée que par des résultats concrets dans l’action présente. En bref, malgré toutes les difficultés auxquelles un pays de cette envergure est inévitablement soumis, le PCC restera légitime aux yeux de son peuple (car le regard de l’étranger importe peu) tant qu’il pourra le contenter suffisamment, soit maintenir « le meilleur niveau de vie possible pour la plus grande partie possible de la population ». Savoir où s’arrête le « possible » est ensuite une question d’appréciation et dépend de paramètres précis relatifs à la réalité chinoise à un moment donné, et que ni The Trend ni moi ne sommes en mesure de connaître.

 

« Il ne faut pas se leurrer, la Chine actuelle est au plus mal. A cause du poison distillé depuis plus d’un demi-siècle par la culture du Parti et de sa mainmise durable sur le pouvoir, cette société a perdu toute capacité à se rétablir. Dans de telles circonstances, comment les détenteurs du pouvoir, aux prises avec de nombreuses difficultés sur le plan intérieur comme sur le plan extérieur, auraient-ils pu laisser passer la si belle chance que constitue l’organisation des Jeux Olympiques ? Ils s’en servent pour attiser la fierté nationale et, en détournant l’attention de l’opinion publique, libèrent celle-ci de sa sensation d’étouffement. Les JO sont l’occasion de mobiliser la société, de déplacer différentes crises intérieures et de relâcher la corde tendue sur le point de rompre… Tout cela n’est-il pas la manière moderne de conjurer le sort par un heureux événement ?


Que ce soit en menant campagne pour remporter l’organisation des futurs JO ou en fêtant la sélection de Pékin comme ville organisatrice en 2001, le PCC a toujours mené de savants calculs politiques. Le compte à rebours enclenché en grande pompe à deux ans de l’échéance était l’une des machines de guerre destinées à permettre à la Chine , cette vieille guimbarde roulant à toute vitesse de façon incontrôlée, d’éviter de se renverser. L’agence officielle Xinhua a ainsi cité un extrait de l’éditorial du Jiefangjun Bao, le journal de l’Armée de libération. Celui-ci, intitulé “Accueillons les Jeux olympiques comme la grande puissance que nous sommes !”, exprimait des sentiments extrêmes, ce qui montre que l’on est tombé d’un complexe d’infériorité dans un complexe de supériorité. Cela prouve que le peuple chinois a urgemment besoin d’une psychothérapie. Se servir des JO pour faire étalage de sa qualité de “grande puissance” est révélateur du fond de la pensée des autorités chinoises. Un tel état d’esprit va complètement à l’encontre de l’olympisme ! [...] Avoir accordé l’organisation des JO au pouvoir communiste, cet ennemi de la civilisation moderne, constitue déjà en soi une violation de l’esprit olympique ! »

 

Quand les propagandistes libéraux se lâchent et perdent le contrôle de leur plume, ils montrent toujours sans fard leur vrai visage. En traitant la Chine de « vieille guimbarde », ce n’est plus seulement au pouvoir politique que notre journaliste s’attaque, ça va beaucoup plus loin. Le fiel que déversent actuellement dans nos médias ce genre de scribouillards est plus que de l’anti-communisme (cela, nous nous y étions déjà habitués depuis longtemps), c’est de l’anti-Chine. En utilisant des insultes et en conseillant au peuple chinois de suivre « une psychothérapie », il nous révèle que le péril jaune l’effraie au moins autant que le péril rouge...

 

Quels sont les symptomes qui nécessiteraient une psychothérapie, selon notre brillant analyste ? Le fait que le peuple chinois ait quitté son ancien complexe d’infériorité. Ah, l’époque bénie où ce peuple était pauvre et colonisé, où il n’était pas là pour nous tenir tête mais seulement pour extraire du charbon des mines... Et maintenant, il faudrait discuter d’égal à égal ? Et, pire encore, il faudrait partager le gâteau ? L’ethnocentrisme, quand ce n’est pas purement et simplement du racisme, a toujours été solidaire du libéralisme, et sa manifestation la plus évidente est souvent le mépris avec lequel il traite ceux qui échappent à son champ idéologique.

 

«  La Chine est au plus mal » : voilà encore une affirmation péremptoire qui n’engage que celui qui l’énonce, mais que la réalité de tous les jours dénie. Si elle est au plus mal, comment expliquer que, sur le plan intérieur, malgré des obstacles énormes, elle évolue, lentement mais sûrement, vers une élévation générale du niveau de vie ? Et que sur le plan extérieur, de manière plus impressionnante encore, elle s’affirme comme une des nouvelles grandes puissances du XXIe siècle ? Voilà des exploits plutôt étonnants pour un pays qui serait au bord de la tombe...

 

Un « régime dictatorial » qui « distille » du « poison » pour « conjurer le sort » (c’est-à-dire le sens de l’Histoire) à l’aide d’une « machine de guerre », et qui serait, par définition et par sa nature communiste, un « ennemi de la civilisation moderne »... Les mots utilisés parlent d’eux-mêmes, et ils rappellent tant ceux de la propagande d’un autre temps (la première guerre froide – car je maintiens qu’elle n’a pas été la dernière) que ce que nous pouvons en déduire simplement, c’est que la civilisation moderne, loin d’être monolithique et à modèle unique comme en rêvent les libéraux, est multipolaire, et que les modèles émergents qui seront peut-être demain les plus solides renvoient bien plus à l’avenir qu’au passé. En conclusion, la « civilisation moderne » dont parle The Trend n’est peut-être moderne que pour quelques heures encore et on comprend que ça lui fasse peur : les défenseurs d’un système sur le déclin ont toujours fait preuve de la même hargne pour se prouver à eux-mêmes qu’ils n’étaient pas encore tout à fait morts.

 

« Beaucoup ont approuvé cette décision avec l’espoir nourri de bons sentiments que cela favoriserait la diffusion de l’esprit olympique en Chine ou que cela contribuerait à aider la Chine à achever sa mutation sociale et à s’intégrer dans la civilisation mondiale moderne. Le problème est que le PCC est l’une des plus grandes formations politiques au monde à s’appuyer sur l’idéologie et que, à ses yeux, l’organisation des JO doit lui permettre de changer le monde, ou du moins de parvenir à ses fins sous le couvert du sport. Si c’était le cas, l’humiliation qu’infligerait le PCC aux Jeux olympiques ne serait en rien inférieure à la souillure historique dont le mouvement nazi d’Hitler a entaché les JO de 1936. »

 

Trois affirmations à couper le souffle dans ce court paragraphe, et qu’il faut à tout prix mettre en lumière pour démonter la supercherie :

 

1 – la mutation sociale que la Chine connaît actuellement aurait pour but de s’intégrer dans la « civilisation mondiale moderne » (et on sait maintenant ce que cette expression veut dire pour notre journaliste)

 

2 – le PCC voudrait utiliser son « idéologie », via les Jeux Olympiques, pour changer le monde

 

3 – les problèmes soulevés par Pékin 2008 seraient comparables à ceux soulevés en leurs temps par Berlin 1936 !

 

Je répondrai brièvement à ces trois divagations :

 

1 – Si vous êtes persuadé que la mutation de la Chine va dans le sens d’une intégration à votre mondialisation libérale (celle imposée de l’extérieur par les Etats-Unis), en quoi le développement de la Chine et son importance grandissante sur la scène internationale vous effraie-t-il ? Si vous croyiez vraiment à ce que vous dites, vous vous réjouiriez au contraire de ces Jeux Olympiques, et vous attendriez impatiemment le jour prochain où la Chine deviendrait un second Empire ultralibéral, allié ou vassal du premier. Mais vous n’êtes tout de même pas désinformé à ce point, et vous savez comme moi (vous l’avez prouvé dans le reste de l’article) que la Chine suit un modèle de développement différent, et que face à votre modèle, elle sera désormais une force concurrente et non plus une force soumise ou collaborante. C’est ce qui vous effraie et c’est ce qui me réjouit. Sous la présidence de Jiang Zemin, la Chine aurait pu prendre la voie de la vassalité et satisfaire vos utopies, mais le pouvoir a changé de mains, et le PCC d’aujourd’hui n’est, bien heureusement, plus celui d’hier. Veuillez en prendre bonne note, ça pourra vous servir pour un prochain brûlot anti-chinois.

 

2 – Si le PCC est « l’une des plus grandes formations politiques au monde à s’appuyer sur l’idéologie », je voudrais bien savoir comment vous qualifieriez la vôtre, de formation. Il est vrai que le PCC est peut-être la plus grande, avec plus de 70 millions de membres, sans compter les Chinois non adhérents au Parti et les sympathisant étrangers, mais les formations de votre bord n’en sont pas moins « idéologiques ». Car qu’est-ce que le libéralisme si ce n’est l’idéologie la plus complète (je veux dire la plus totale, voire totalitaire), celle qui fait déborder sa doctrine des domaines strictement économiques et politiques, qui fait pénétrer cette doctrine dans tous les aspects de la vie, jusqu’à la culture, à la philosophie, à la vie privée des individus ? Et qui, de surcroît, pousse le mensonge idéologique jusqu’à affirmer, comme chez Fukuyama, que le libéralisme n’est pas une idéologie puisque son avénement, sous sa forme mondialisée, représente justement la « fin des idéologies », c’est-à-dire, pour reprendre son expression, « la fin de l’Histoire » ? Difficile d’imaginer un raisonnement plus totalitaire.

 

Pour le reste, si on s’en tient à la théorie officielle de l’ « émergence pacifique » de la Chine , il semblerait que ce pays n’ait aucune intention de « changer le monde », dans le sens d’utiliser sa nouvelle puissance militaire ou économique pour imposer son modèle hors de ses frontières, sur un mode impérialiste ou colonialiste. Ce que je dis là devra être vérifié par les faits, bien sûr, et je n’en mettrais pas ma main au feu, mais le respect des souverainetés est au coeur de la doctrine actuelle du PCC.

 

3 – Que dire devant une comparaison si inappropriée et si infâmante ? Quand les libéraux recourent à un antifascisme utilitaire, c’est un peu comme quand ils jouent la carte de l’humanisme : c’est vraiment qu’ils sont à court d’arguments rationnels.

 

On peut lire des articles de ce goût presque chaque jour dans la presse européenne et américaine, et je ne perdrai pas mon temps et le vôtre à les démonter tous un à un, bien que je sois parfois tenté de le faire tant l’excès de mauvaise foi et le mensonge peuvent être exaspérants. Je vous engage seulement à une lecture critique de ce genre de pamphlets, car entre ce qui y est affirmé et la réalité chinoise, le gouffre est souvent abyssal...

 

 

 

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par David L'Epée publié dans : polémiques
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Mercredi 11 juillet 2007

J’ai fait la connaissance à Pékin, dans le biotope étudiant, de Sergueï, un jeune Russe venant de Saint Petersburg pour apprendre le chinois. En plus de maîtriser parfaitement l’anglais, il parle un assez bon français, langue qu’il a étudié plusieurs années dans son pays. Nous ne nous voyons pas souvent, mais il m’a semblé intéressant de l’interviewer, car ses connaissances historiques sur les relations entre son pays et la Chine son